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dimanche 21 juin 2015

Homo-Sapiens et Cartes Bleues


Les grands savants en général et Internet en particulier se bagarrent pour donner un âge à l’homme moderne, aussi appelé Homo-Sapiens par les snobs. On peut raisonnablement conclure des preuves et des débats qui agitent ces affolés du calendrier que l’humanité se promène sur terre depuis plus de 100 000 ans.
Si on s’amusait à compter le nombre d’arrières grand-mères entre Roméo et Juliette et leurs plus anciennes ancêtres, on en trouverait plusieurs milliers. Je ne suis pas sûr que Eve ou bien Lucy ait profité à fond de leur carte de famille nombreuse.

Bref, l’homme moderne a prospéré jusqu’à aujourd’hui pour peindre la chapelle Sixtine et faire chanter Lara Fabian. Sans fourrure, sans griffe ni aucun attribut physique extraordinaire on a conquis la terre, la mer et bientôt l’espace. Pas mal pour des bipèdes maladroits. Il y a forcément un truc.
Notre truc à nous, ça doit être la reproduction. C’est pour ça qu’à la fin des contes, ils finissent tous par se marier et par avoir beaucoup d’enfants.

Question reproduction, on gère pas mal les codes de la séduction et de la conception. Il n’y a qu’à voir les documentaires qui passent sur Canal plus le premier samedi de chaque mois ou la quantité de sites spécialisés sur Internet. Bref l’aspect ou papa met la petite graine dans maman, on maitrise.

Pour la croissance de la petite graine in utero, on est déjà beaucoup moins au point. C’est plus compliqué d’aller voir. Pour preuve avec nos séances de cinéma floues et en noir et blanc. Pendant neuf mois, on se contente de croiser les doigts, les orteils, les jambes et de laisser la nature faire son boulot. La plupart du temps elle le fait bien.

Seulement, neuf mois plus tard, il s’agit de faire sortir le squatteur amniotique. Ca fait très peur mais j’aurais probablement l’occasion d’y revenir. Pour l’instant imaginons le retour à la maison, à trois.

Les jeunes parents n’ont rien d’autre à faire pendant la gestation que de préparer le service après vente. De faire une jolie chambre et d’acheter ce qu’il faut.

Et là, c’est le drame ! Parce qu’en plus de 100 000 années d’humanité, ils ont inventé beaucoup de trucs indispensables pour l’arrivée d’un bébé. Les marchands du temple en vivent d’ailleurs très bien. On trouve maintenant des grandes surfaces de puériculture. Ces boutiques vendent majoritairement des produits fort chers et à usage unique. Oui, parce qu’au début, ça pousse vite les p’tits bouts. Forcément, Roméo et Juliette succombent aux attraits des sirènes du marketing. Parce qu’il faut le meilleur pour notre descendance. Et parce que:
 « t’as vu ça chéri, c’est vraiment trop chou ! »
A en croire les vendeuses de ces grandes surfaces, tout est rigoureusement indispensable.

Alors, en regardant leur découvert s’élargissant plus vite que la patience des banquiers, nos amoureux ont eu l’idée de demander conseil aux amis à la famille. En réalité, ils n’ont pas toujours demandé. L’entourage qui a déjà subi ce genre d’épreuve donnera ses conseils, ses mises en garde et ses recommandations sans être sollicité pour ça.

Là où ça devient épineux, c’est lorsque les conseils se contredisent. Exemple vécu à la même tablée. L’une va dire « il te faut absolument ça » tandis que de l’autre côté « ah, n’achète surtout pas ça ». Et puis il y a celles et ceux qui ne veulent pas se mouiller « Tu verras bien ce qu’il convient le mieux à ton bébé ». Sauf que ça ne fait pas non plus avancer le schmilblik.

Rien ne vaux l’avis des professionnels se sont dit Roméo et Juliette. Alors ils sont allés aux préparations à l’accouchement, participé à des ateliers, rencontré des sages femmes, des pédiatres, des puéricultrices et autres spécialistes.
Pas mieux que la famille ou les amis ! Ils se contredisent assez radicalement. Et nos pauvres Roméo et Juliette, ils ne sont pas aidés. Surtout dès lors que certains brandissent l’argument massue de la sécurité.

Petit exemple pour illustrer. Imaginons qu’au milieu de la nuit, entre deux sessions de pleurs, de couche à changer ou de nourriture notre bébé dorme. Si si, il paraît que ça arrive ! Où et comment le faire dormir ?
Dans sa chambre ou bien avec ses parents ?
Dans son lit à barreaux ou dans une nacelle ?
Posée dans sa gigoteuse ou dans un plan incliné ergonomique ?

Bref  à moins d’un mois de l’arrivée de notre progéniture, on ne sait toujours pas.
On fait grandir des bébés sapiens depuis plus de 100 000 ans et on ne sait toujours pas comment ça marche. Il faut croire qu’on est arrivé au sommet de l’évolution par hasard.

En attendant, on continue d’acheter beaucoup de choses trop mignonnes et absolument indispensables. Il faut bien relancer l’économie en attendant que choupinette paye nos retraites.

mercredi 20 mai 2015

Maman couve, et il fait quoi le papa ?

Juliette est heureuse, elle couve. C’est un boulot à plein temps. Roméo se dit qu’il doit aussi travailler pour préparer l’arrivée de bébé. Si les femmes font le ménage, alors les hommes doivent bricoler entre deux matchs de foot à la télé. Roméo n’a pas hésité avant de se précipiter tête baissée dans le cliché.
Malgré le printemps et les oiseaux qui chantent, Roméo s’enferme et se la joue bricolo.
Le plus facile dans le bricolage, c'est de tout casser
Il paraît qu’un vieux barbu a créée le monde en sept jours. Je pense qu’il n’a jamais fait de chambre d’enfant.

Au début de l’histoire, Roméo et  Juliette ne voulaient pas d’enfants. Enfin surtout  Roméo. En façade pour des raisons nobles et philosophiques sur l’évolution de notre pauvre société. En réalité, Roméo comme tous les mâles avait peur de s’engager et de subir toutes les complications qui viennent avec le Service-Après-Vente de ces petits bouts d’machin.

Bref, Roméo et Juliette, s’installaient dans la vie et dans leur petit appartement. La deuxième chambre n’étant pas réservée à un futur bout d’machin, devenait donc une chambre d’amis. Sauf que… Déjà il faut avoir des amis. Et plus dur encore des amis qui ont envie de se perdre dans notre petit trou campagnard, pire d’y passer la nuit. Je dois pouvoir compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois que le canapé-lit a servi. Et encore, je suis large, il y a beaucoup de doigts sur une main.
L’équation pas d’amis plus taille minuscule de l’appartement a définitivement transformé la pièce en chambre à bazar. Les strates de trucs inutiles mais qu’on sait pas ou mettre ailleurs s’empilant les unes sur les autres. Il faut souligner que nos chers Roméo et Juliette sont gentils mais assez bordéliques et souvent paresseux.

Sauf que depuis cette époque, Roméo et Juliette se sont décidés à fabriquer une descendance. Et s’ils n’ont pas vraiment besoin d’une chambre d’amis, ils vont cruellement manquer de chambre d’enfant. Les mois passants, le besoin se fait urgent. Roméo a cherché dans le bazar, il n’a pas retrouvé sa baguette magique. Il ne restait qu’une solution pour transformer la « chambre à bazar » en « chambre de bébé ».  S’armer de courage et se retrousser les manches.

La première mission consistait à vider la chambre. Quand il y a trop de choses empilées par terre, on ne raisonne plus en termes d’affaires individuelles, on mesure en mètres cube. Déplacer x mètres cube de bazar, avec une bonne pelle et une brouette ne devrait pas poser de problèmes. Sauf qu’il faut bien les mettre quelque part. Et là, ça coince dans un appartement aussi petit que le nôtre. On devait jeter, on devait donner, on devait vendre pour faire de la place. Au final, on a déménagé le bazar de la chambre vers le garage. Depuis, la voiture dort à l’extérieur.

Le premier travail d’Hercule effectué, il fallait rénover la pièce. Du sol au plafond, la chambre accusait les années. Je ne sais pas si elle était belle dans les seventies, dans le nouveau millénaire elle fait carrément ridée. Il lui fallait un bon coup de lifting. C’est là que commence la partie bricolage. J’ai découvert de nouvelles lois de la physique fondamentale qui devraient bientôt être unifiée avec la théorie de la relativité générale. Lorsque que le néophyte s’attaque au bricolage, les travaux à effectuer se divisent en deux grandes catégories, les tâches  faciles et les tâches difficiles. 

Au moins, les tâches difficiles sont honnêtes et sincères. Elles sont longues, pénibles et vraiment difficiles. Je prends pour exemple, rénover des murs pour les rendre plats et lisses. C’est tellement difficile qu’à force de sueurs et de frustration, Roméo a décidé de confier le boulot à des professionnels. Au final, ça coûtait cher, les travaux prenaient du retard et Juliette trouvait le jeune artisan très à son goût. 

Les autres tâches, celles qui semblaient faciles, sont les plus sournoises. On s’y attaque gaiement le matin en se disant qu’on aura terminé pour l’apéro.  Et puis une semaine plus tard, on y est encore.
Mon propos n’est pas clair ? Alors j’illustre. Ca y est les murs sont peints (les chemises et pantalons de Roméo aussi, pas forcément volontairement), le parquet flotte sur le sol, le plafond cache sa misère. Il ne reste plus qu’à s’occuper des petites finitions, du genre poser des plinthes ou des baguettes. Les bouts de bois sont donc facilement repeints, découpés aux dimensions idoines. Ou presque, parce que les scies premier prix sont spécialement fabriquées pour ne pas couper droit, ce qui permet aux vendeurs malins de vendre plus de bois. Il ne reste plus qu’à poser plinthes et baguettes. Le marchand nous a promis un monde de simplicité avec des colles révolutionnaires qui permettent de se passer de clous et de vis. Et soudain, c’est le drame. Déjà, si les plinthes sont droites, les murs ne le sont toujours pas. Ca pose forcément des problèmes pour assembler deux surfaces qui ne se touchent pas. Lorsque qu’a force de tartiner de colle on réussit  héroïquement à unir nos planches de bois et nos murs, on constate que la colle ne fonctionne pas. Le marchand nous aurait menti ? Parfois ça ne colle pas et on retrouve des pavés de colle durcis qu’il faut gratter pendant des heures. Parfois ça colle bien, sauf  que la plinthe se fait la malle, emportant avec elle la peinture et l’enduit si chèrement appliqué sur les murs (il est hors de question de faire revenir l’artisan, j’y perdrais ma Juliette).

Il faut se résoudre à l’évidence. Les artisans plâtriers, peintres et autres décorateurs sont les sorciers du nouveau millénaire. Ils connaissent forcément des sortilèges et des secrets pour arriver à rénover un appartement. Ils doivent se transmettre leurs enchantements et leurs tours de magie de père en fils et dissimulent leur art aux yeux du profane.
Lorsque Roméo s’attaque au bricolage, il tombe dans tous les pièges dressés par cette corporation secrète. Il passe beaucoup de temps, s’applique, mais ne produit jamais un résultat satisfaisant. Au moins Roméo aura compris une bonne leçon, les vendeurs des grandes surfaces de bricolage sont des escrocs et Internet n’a pas réponse à tout.

Bon gré, mal gré. Les travaux avancent, il était temps ! Il ne reste qu’un seul petit problème. Est ce que la principale concernée est satisfaite de sa chambre ? Et si elle n’aimait pas la couleur ?
Forcément, Roméo lui a posé la question. Il a posé ses mains sur le ventre de Juliette.
Si tu es contente, donne un coup de pied, si ça ne te plait pas donne deux coup de poings.
Choupinette n’a rien répondu, elle dormait. 

Alors Roméo est reparti au magasin de bricolage, il fallait que la chambre soit la plus belle. Les plus beaux bijoux doivent toujours venir dans de beaux écrins…
Encore beaucoup de boulot, mais ça avance...


jeudi 23 avril 2015

La beauté intérieure



Le pipi de Juliette a été formel, je vais être papa. Ça fait bien six mois que j’ai appris la nouvelle. Est-ce qu'il faut croire deux bandelettes rose ?
Bon d’accord, madame a eu droit à toutes sortes d’examens pour confirmer. Du genre avec des piqûres et d’autres trucs désagréables. Moi, je la soutenais, de toutes mes forces ! Bien content d’éviter les aiguilles en attendant sagement dans la salle d’attente. Quelques jours plus tard, ils nous ont donné des chiffres et des codes bizarres.
Franchement, BetaHCG ça veut dire quoi? J’ai vérifié dans le dictionnaire, il sait pas non plus! Heureusement que Google est plus malin que le Larousse.

Bref, il paraît que c’est une histoire d’hormones.

Chez les garçons, les hormones ça nous pousse à mesurer notre truc, et surtout à crier bien fort qu’on l’a plus grand que celui des autres mâles. Et si un autre mâle prétend le contraire, les hormones ça nous donne envie de lui coller des baffes.
Chez les femmes, les hormones ça donne envie de fraises, ça fait vomir et ça fait pousser des haricots dans le ventre. Sont gentils avec leurs hormones et leurs chiffres compliqués.
Sur le papier, les chiffres ils sont très grands. Les spécialistes nous prédisaient des jumeaux en gestation. Ma femme à moi, elle a pas envie de fraises. Elle vomit pas non plus. Elle se réveille tous les matins aussi fraiche qu’un gardon.
Alors bon, il paraît qu’elle est maman, mais moi je veux des vraies preuves. Paraît que je vais devoir attendre neuf mois pour avoir une preuve frétillante et sonore. C’est bien trop long.

Du coup, on a été au cinéma.

La place était affreusement chère, et même pas de réduc’ pour les femmes enceintes. Et puis on était pas super bien installés. Enfin surtout moi. Egalité des sexes, tu parles. J’étais sur une chaise, du genre qu’on trouve dans les cantines. Tandis que madame elle avait droit au fauteuil en cuir blanc (ou presque), à moitié allongée, tranquille la vie...
Bon après, c’est pas sûr que j’aurais adoré ça non plus. Déjà, il y avait ce type qui lui a demandé de montrer son nombril. J’aime pas! Il y a que moi qui ai le droit de le voir, son nombril ! Surtout en plein hiver ! Ensuite, voilà qu’il lui étale un truc visqueux sur le ventre. Et qu’il la caresse avec une sorte de sex-toy électrique.
Au moment ou j ‘allais coller une baffe au type pour qu’il arrête de tripoter ma femme. Le film a commencé.

Chhht dans la salle !

On y voit rien dans leur truc. Tout ça pour ça ? Voir une sorte d’entonnoir renversé, tout noir ? Ah, tiens, ça bouge. Il y a du gris aussi. On devine des formes, mais c’est pas net. Même sur les premiers films des frères lumière, on voyait mieux. Tu parles de la pointe de la recherche médicale, on se croirait un siècle plus tôt. Vu ce qu’on raque, ils pourraient au moins se payer une télé en couleur.
L’image, pas terrible donc. Au moins on avait le son. J’ai mis un peu de temps à réaliser que la voix off qu’on entendait, c’était le type qui tripotait ma femme. Ça causait de diamètre bipariétal, de périmètre céphalique et autres longueur cranio-caudale. Pire qu’un documentaire d’Arte à 3 heures du matin. J’ai arrêté d’essayer de suivre. Je regardais la télé.

Alors ça ressemble à quoi un bébé au bout d’un mois ?

Ils parlent tous de haricots ou de crevette. Quelle imagination ! Le haricot noir, presque net, c’est l’Amnios. Le fœtus c’est l’espèce de limace au milieu.

Il m’aura fallu très longtemps avant de comprendre la beauté intérieure. Ca n’a rien à voir avec la psychologie ou la personnalité.
La beauté intérieure c’est de voir une limace floue en noir et blanc sur un écran qui tremblote et de trouver que c’est la plus belle chose du monde...
(en plus la séance de ciné était remboursée par la sécu)