mercredi 20 mai 2015

Maman couve, et il fait quoi le papa ?

Juliette est heureuse, elle couve. C’est un boulot à plein temps. Roméo se dit qu’il doit aussi travailler pour préparer l’arrivée de bébé. Si les femmes font le ménage, alors les hommes doivent bricoler entre deux matchs de foot à la télé. Roméo n’a pas hésité avant de se précipiter tête baissée dans le cliché.
Malgré le printemps et les oiseaux qui chantent, Roméo s’enferme et se la joue bricolo.
Le plus facile dans le bricolage, c'est de tout casser
Il paraît qu’un vieux barbu a créée le monde en sept jours. Je pense qu’il n’a jamais fait de chambre d’enfant.

Au début de l’histoire, Roméo et  Juliette ne voulaient pas d’enfants. Enfin surtout  Roméo. En façade pour des raisons nobles et philosophiques sur l’évolution de notre pauvre société. En réalité, Roméo comme tous les mâles avait peur de s’engager et de subir toutes les complications qui viennent avec le Service-Après-Vente de ces petits bouts d’machin.

Bref, Roméo et Juliette, s’installaient dans la vie et dans leur petit appartement. La deuxième chambre n’étant pas réservée à un futur bout d’machin, devenait donc une chambre d’amis. Sauf que… Déjà il faut avoir des amis. Et plus dur encore des amis qui ont envie de se perdre dans notre petit trou campagnard, pire d’y passer la nuit. Je dois pouvoir compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois que le canapé-lit a servi. Et encore, je suis large, il y a beaucoup de doigts sur une main.
L’équation pas d’amis plus taille minuscule de l’appartement a définitivement transformé la pièce en chambre à bazar. Les strates de trucs inutiles mais qu’on sait pas ou mettre ailleurs s’empilant les unes sur les autres. Il faut souligner que nos chers Roméo et Juliette sont gentils mais assez bordéliques et souvent paresseux.

Sauf que depuis cette époque, Roméo et Juliette se sont décidés à fabriquer une descendance. Et s’ils n’ont pas vraiment besoin d’une chambre d’amis, ils vont cruellement manquer de chambre d’enfant. Les mois passants, le besoin se fait urgent. Roméo a cherché dans le bazar, il n’a pas retrouvé sa baguette magique. Il ne restait qu’une solution pour transformer la « chambre à bazar » en « chambre de bébé ».  S’armer de courage et se retrousser les manches.

La première mission consistait à vider la chambre. Quand il y a trop de choses empilées par terre, on ne raisonne plus en termes d’affaires individuelles, on mesure en mètres cube. Déplacer x mètres cube de bazar, avec une bonne pelle et une brouette ne devrait pas poser de problèmes. Sauf qu’il faut bien les mettre quelque part. Et là, ça coince dans un appartement aussi petit que le nôtre. On devait jeter, on devait donner, on devait vendre pour faire de la place. Au final, on a déménagé le bazar de la chambre vers le garage. Depuis, la voiture dort à l’extérieur.

Le premier travail d’Hercule effectué, il fallait rénover la pièce. Du sol au plafond, la chambre accusait les années. Je ne sais pas si elle était belle dans les seventies, dans le nouveau millénaire elle fait carrément ridée. Il lui fallait un bon coup de lifting. C’est là que commence la partie bricolage. J’ai découvert de nouvelles lois de la physique fondamentale qui devraient bientôt être unifiée avec la théorie de la relativité générale. Lorsque que le néophyte s’attaque au bricolage, les travaux à effectuer se divisent en deux grandes catégories, les tâches  faciles et les tâches difficiles. 

Au moins, les tâches difficiles sont honnêtes et sincères. Elles sont longues, pénibles et vraiment difficiles. Je prends pour exemple, rénover des murs pour les rendre plats et lisses. C’est tellement difficile qu’à force de sueurs et de frustration, Roméo a décidé de confier le boulot à des professionnels. Au final, ça coûtait cher, les travaux prenaient du retard et Juliette trouvait le jeune artisan très à son goût. 

Les autres tâches, celles qui semblaient faciles, sont les plus sournoises. On s’y attaque gaiement le matin en se disant qu’on aura terminé pour l’apéro.  Et puis une semaine plus tard, on y est encore.
Mon propos n’est pas clair ? Alors j’illustre. Ca y est les murs sont peints (les chemises et pantalons de Roméo aussi, pas forcément volontairement), le parquet flotte sur le sol, le plafond cache sa misère. Il ne reste plus qu’à s’occuper des petites finitions, du genre poser des plinthes ou des baguettes. Les bouts de bois sont donc facilement repeints, découpés aux dimensions idoines. Ou presque, parce que les scies premier prix sont spécialement fabriquées pour ne pas couper droit, ce qui permet aux vendeurs malins de vendre plus de bois. Il ne reste plus qu’à poser plinthes et baguettes. Le marchand nous a promis un monde de simplicité avec des colles révolutionnaires qui permettent de se passer de clous et de vis. Et soudain, c’est le drame. Déjà, si les plinthes sont droites, les murs ne le sont toujours pas. Ca pose forcément des problèmes pour assembler deux surfaces qui ne se touchent pas. Lorsque qu’a force de tartiner de colle on réussit  héroïquement à unir nos planches de bois et nos murs, on constate que la colle ne fonctionne pas. Le marchand nous aurait menti ? Parfois ça ne colle pas et on retrouve des pavés de colle durcis qu’il faut gratter pendant des heures. Parfois ça colle bien, sauf  que la plinthe se fait la malle, emportant avec elle la peinture et l’enduit si chèrement appliqué sur les murs (il est hors de question de faire revenir l’artisan, j’y perdrais ma Juliette).

Il faut se résoudre à l’évidence. Les artisans plâtriers, peintres et autres décorateurs sont les sorciers du nouveau millénaire. Ils connaissent forcément des sortilèges et des secrets pour arriver à rénover un appartement. Ils doivent se transmettre leurs enchantements et leurs tours de magie de père en fils et dissimulent leur art aux yeux du profane.
Lorsque Roméo s’attaque au bricolage, il tombe dans tous les pièges dressés par cette corporation secrète. Il passe beaucoup de temps, s’applique, mais ne produit jamais un résultat satisfaisant. Au moins Roméo aura compris une bonne leçon, les vendeurs des grandes surfaces de bricolage sont des escrocs et Internet n’a pas réponse à tout.

Bon gré, mal gré. Les travaux avancent, il était temps ! Il ne reste qu’un seul petit problème. Est ce que la principale concernée est satisfaite de sa chambre ? Et si elle n’aimait pas la couleur ?
Forcément, Roméo lui a posé la question. Il a posé ses mains sur le ventre de Juliette.
Si tu es contente, donne un coup de pied, si ça ne te plait pas donne deux coup de poings.
Choupinette n’a rien répondu, elle dormait. 

Alors Roméo est reparti au magasin de bricolage, il fallait que la chambre soit la plus belle. Les plus beaux bijoux doivent toujours venir dans de beaux écrins…
Encore beaucoup de boulot, mais ça avance...